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jeudi 12 décembre 2013

Le Poil mélancolique

En janvier 1929, Bruxelles Universitaire publie des rimes mélancoliques dédiées à Saint-Verhaegen. Entre étoiles et pilules, un Poil de Pharma évoque les "margailles" pleines de coups et de bosses ainsi que les inévitables croque-mitaines de l'étudiant d'alors : l'agent et le souteneur. Sans oublier les guindailles chez Gaspar, au Diable-au Corps, où s'apprennent les mille et une astuces pour distiller le Bourgeois (autrement dit l'art de lui vider son verre et son gousset, goutte de vin après goutte de bière, pièce après pièce),

Bruxelles Universitaire de janvier 1929.Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.

50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

dimanche 8 décembre 2013

Ressuscitons le "Chant de Vadrouille" !

"Le Chant de Vadrouille de Médecine" fait son apparition dans la première édition des Fleurs du Mâle, datée de 1922. Le texte égraine couplet après couplet le rêve de tout étudiant de toucher le salaire des profs et de décrocher son diplôme en jouant au couillon, un jeu de cartes des plus élémentaires... Illustration de ce songe estudiantin, des Polytechniciens tapent le carton sous le crayon de Bizuth.

A partir de l'édition de 1935, les Fleurs reprennent cette chanson sous le titre - plus universel - de "Chant de Vadrouille". Et, plus important, elles indiquent que les premier, deuxième, cinquième et sixième vers de chaque couplet doivent être bissés (les deux premiers séparément et les deux derniers ensemble).

L'air original, "Maraie", est un cramignon (une danse traditionnelle où l'on se tient par la main en serpentant). Cette mélodie de la région de Liège est inconnue de la plupart des étudiants de l'ULB et s'est donc perdue, tant dans les Cercles que dans les Guildes.

Nous proposons de relancer ce chant sympathique sur l'air d'"En descendant la rue d'Alger". Il suffit, d'une part, d'ajouter au texte original un "Eh bien" au troisième vers et, d'autre part, de chanter dans les deux derniers vers de chaque couplet sur le même rythme (là où le dernier vers est bissé dans "En descendant la rue d'Alger").


Page des Fleurs du Mâle de 1922, empruntée à Quevivelaguindaille.be


Le "Chant de Vadrouille de Médecine", dans sa version de 1935
Air : Maraie (cramignon)

Il y aurait p’t-êtr’ un moyen (bis)
De contenter les carabins (bis)
Je m’en vais vous le dire.
Mais n’allez pas en rire :
C’est d’ leur donner l’ trait’ment. )
Qu’ les profs touch’nt tous les ans.) bis

Les profs sont des hommes rangés (bis)
Qui ne savent pas rigoler, (bis)
Ils ne font pas d’ guindailles !
Ils ne font pas d’ ripailles !
On se demand’ vraiment      )
Ce qu’ils font d’ leur argent.) bis

Vaudrait mieux que l’ gouvernement (bis)
Donnerait aux pauvres étudiants (bis)
Les beaux billets d’ mill’ balles.
La chos’ s’rait peu banale :
Ils pourraient rigoler       )
Jusqu’à s’en fair’ crever.) bis

Je propose de supprimer (bis)
Les cours de l’Université (bis)
Et que dans chaque salle,
Des tables on installe
Pour jouer au couïon  )
La grande distinction. ) bis

Après sept ans de c’ régim’-là (bis)
La faculté nous proclam’ra (bis)
Ingénieurs des mines,
Docteurs en médecine
Ou bien docteurs en droit  )
Et l’on devient bourgeois.) bis

 
Proposition d'air pour le "Chant de vadrouille"
Air :"En descendant la rue d'Alger"

Il y aurait p’t-êtr’ un moyen (bis)
De contenter les carabins (bis)
Je m’en vais vous le dire. Eh bien ?
Mais n’allez pas en rire :
C’est d’ leur donner l’ trait’ment.
Qu’ les profs touch’nt tous les ans.
 
Les profs sont des hommes rangés (bis)
Qui ne savent pas rigoler, (bis)
Ils ne font pas d’ guindailles ! Eh bien ?
Ils ne font pas d’ ripailles !
On se demand’ vraiment
Ce qu’ils font d’ leur argent.

Vaudrait mieux que l’ gouvernement (bis)
Donn’rait aux pauvres étudiants (bis)
Les beaux billets d’ mill’ balles. Eh bien ?
La chos’ s’rait peu banale :
Ils pourraient rigoler
Jusqu’à s’en fair’ crever.

Je propose de supprimer (bis)
Les cours de l’Université (bis)
Et que dans chaque salle, eh bien ?
Des tables on installe
Pour jouer au couillon
La grande distinction.

Après sept ans de c’ régim’-là (bis)
La faculté nous proclam’ra (bis)
Ingén-i-eur des mines, ou bien
Docteur en médecine
Ou bien docteur en droit
Et l’on devient bourgeois.

Un nouvel air pour "La Cuite" ?

La première édition des Fleurs du Mâle, publiée en 1922, nous offre "Les Petits chagrins", une petite chanson satirique de quatre couplets, signée L'Alambic.

C'est à la fois un hymne sans âge et la photographie d'une époque : les vers évoquent les interminables "séances" (comme on appelait alors les réunions de Cercle) mais aussi les Bals des Nébuleux, où l'on croisait manifestement plus de Poils que de Plumes. Cependant, cette chanson a sans doute écrite bien avant l'impression des premières Fleurs car les Nébuleux, nés en 1886, s'étaient déjà éteints peu après la Première guerre mondiale.

Selon les éditions des Fleurs, la chanson s'intitule "Les Petits chagrins" (en 1922), "J' préfère la Cuite" (en 1935 et 1946) ou "La Cuite" (aujourd'hui).

Elle a été écrite sur l'air des "Petits chagrins" de Paul Delmet. En choisissant cette mélodie mélancolique, l'auteur soulignait le caractère moqueur de son texte. Cet air très vogue à l'époque n'a malheureusement pas traversé le temps et la chanson estudiantine a disparu du répertoire des Cercles et des Guildes.

Nous proposons un nouvel air afin de ressusciter ces couplets. En attendant qu'un Camarade trouve mieux, nous proposons de reprendre l'air des couplets d'"Au trente-et-un du mois d'août" pour chanter "La Cuite". Cette adaptation ne nécessite qu'un déplacement de vers.

Version originale de "La Cuite"
Air : "Petit chagrin" (P. Delmet)
 
A Saint-Verhaeg’ , d’ les voir gueuler
Sauter, s’ gober, se démener,
Ca me dégoûte.
J’aim’ mieux maint’s pint’s aller siffler.
Moi, j’ suis un typ’ bien plus rangé.

J’ préfèr’ la cuite !

C'est comme au bal des Nébuleux,
On a à peine un’ femm’ pour deux !
Ca me dégoûte.
Au lieu d’ risquer de ramasser
Què’qu’chos’ que j’avais pas d’mandé.
J' préfère la cuite.

Aux séanc’s, v’là c’ qu’est mon dada,
Les autr’s discour’nt, qu’ ça n’ finit pas…
Ca me dégoûte.
Crier, gueuler et s’emmerder,
Somm’ tout’ pour n’en rien retirer…
J’ préfèr’ la cuite !

Y en qui bloqu’nt comm’ des cochons
Pour décrocher la distinction !
Ca me dégoûte.
Moi, j’ bûche aussi, ça c’est castar !
Seul’ment, j’ m’y prends toujours trop tard.
J’ préfèr’ la cuite !

Y en a qui font l’amour en rêv’
Ils bais’raient des lèvres sans trêv’s
Ca me dégoûte.
Moi, je n’ suis pas de c’t avis-là,
Pas d’606 pour gueul’s de bois. (1)
J’ préfèr’ la cuite !

(1) Le 606 est une médication antisyphilitique mise au point en 1910


Proposition de nouvelle version de "La Cuite"
Air : couplets d'"Au trente et un du mois d'août"
 
A Saint-Verhaeg’, d’ les voir gueuler (bis)
Sauter, s’ gober, se démener, (bis)
Ca me dégoût’. J’ préfèr’ la cuite !
J’aim’ mieux maint’s pint’s aller siffler.
Moi, j’ suis un typ’ bien plus rangé.


C’est comme au bal des Nébuleux, (bis)
On a à peine un’ femm’ pour deux ! (bis)
Ca me dégoût’. J’ préfèr’ la cuite,
Au lieu d’ risquer de ramasser
Què’qu’chos’ que j’avais pas d’mandé.

Aux séanc’s, v’là c’ qu’est mon dada, (bis)
Les autr’s discour’nt, qu’ ça n’ finit pas… (bis)
Ca me dégoût’. J’ préfèr’ la cuite !
Crier, gueuler et s’emmerder,
Somm’ tout’ pour n’en rien retirer…

Y en qui bloqu’nt comm’ des cochons (bis)
Pour décrocher la distinction ! (bis)
Ca me dégoût’. J’ préfèr’ la cuite !
Moi, j’ bûche aussi, ça c’est castar !
Seul’ment, j’ m’y prends toujours trop tard.

Y en a qui font l’amour en rêv’ (bis)

Ils bais’raient des lèvres sans trêv’s (bis)
Ca me dégoût’. J’ préfèr’ la cuite :
Moi, je n’ suis pas de c’t avis-là,
Pas d’606 pour gueul’s de bois. (1)

(1) Le 606 est une médication antisyphilitique mise au point en 1910.

En 1911, les faluchards de Lyon et leur char surmonté d'un lapin.
La bestiole (dont on connaît les talents) tient d'une patte un clystère
et de l'autre un drapeau frappé d'un 606
(du nom de la potion antisyphilitique conçue un an plus tôt).
Et l'éperon du char n'est autre qu'un clystère marqué du même 606. 
 

samedi 30 novembre 2013

Les Fleurs du Mâle de 1946

L'édition des Fleurs du Mâle publiée en 1946 est assez émouvante. C'est un livre de poche, agrafé, qui ne paie pas de mine si on le compare à l'édition luxueuse de 1935. Mais ce chansonnier - le deuxième d'après-guerre - indique que la vie - la vie estudiantine en particulier - triomphe à nouveau et que le lien avec les générations précédentes de Poils n'est pas rompu, malgré le conflit.

Avec ses hymnes à l'amour et à la bière, ce livret est un cri de joie. Mais de joie lucide. L'écho de la guerre s'entend en effet dans la préface de cette édition de la victoire, ainsi qu'elle se nomme : "Que, dans le vieux monde las et triste où s'achèvent à peine les tueries et les dévastations de la guerre, résonne le cri passionné de notre allégresse jeté éperdument aux échos infinis de l'azur. Et puisse l'avenir être clair comme nos yeux et pur comme nos cœurs."

Cette édition est la première à comporter des chants en anglais (Clementine, Ellie Rhee, I married a Wife o then !, There is a Tavern in the Town). C'est là peut-être les traces du passage à Londres de Poils engagés dans la Résistance (ou simplement réfugiés) ainsi que de la présence de troupes américaines à Bruxelles.

Enfin, le chansonnier s'achève - et ce n'est pas anodin - par le Choral des adieux, qui a des accents particuliers dans cet immédiat après-guerre.

Des points de suspension

La page de titre porte la mention "Tome 1" et indique que "La musique de ces chansons fera l'objet d'un ouvrage spécial qui paraîtra ultérieurement." A ce jour, nous n'avons trouvé aucune trace du tome 2 qui devait probablement présenté les fameuses partitions. Il est probable qu'il n'ait jamais été imprimé.

Autre question : le lieu de la publication. On lit "Bruxelles, Louvain, Gand, Liège, Mons, Anvers, Gembloux, Charleroi, Nivelles, Lille, Nancy, Paris". Autant de villes universitaires. Mais cela signifie-t-il que des Poils de l'ULB y étaient présents lors de la mise sous presse de cette édition ou que celle-ci a pu voir le jour grâce au soutien financier d'étudiants de différentes universités ?

Les illustrations

Nous ne connaissons pas le nom de l'auteur (voire des auteurs) des gravures sur bois qui illustrent ces Fleurs : elles ne sont pas signées. Il s'agit peut-être de Ram, qui avait déjà illustré le chansonnier en 1935 (et son supplément en 1938) et dont il nous semble reconnaître la patte par endroit.

Première page de couverture.
S'agit-il de deux amants, comme la présence de Cupidon le laisse penser ?
S'agit-il de deux Camarades, dont l'un est blessé,
comme le laisse croire la présence de la Mort et du Diable ?

Quatrième page de couverture.
L'amour et l'amphore de vin (thème récurrent).




Illustration du Chant des Etudiants

Illustration de La bière

Illustration des Deux compagnons

Illustration dy Le grenadier de Flandre

Illustration des Moines de Saint-Bernardin

Illustration du Sire de Framboisy

Illustration de La ceinture

Illustration du Bel instrument

Illustration de La tête d'Arthur

Illustration du Pou et l'araignée

Illustration de La descente aux enfers

Illustration d'A l'ombre du vieux marronnier

Illustration de C'était à prévoir

Illustration de Scies

Illustration d'Ode à la masturbation

Illustration du Choral d'adieu.

La table des matières







mercredi 27 novembre 2013

"Le Semeur" au beffroi de Mons

La Section de Mons de l'Union des Anciens Etudiants a frappé un grand coup. Et même plusieurs. A l'occasion de son banquet de Saint-Verhaegen, tenu le 22 novembre 2013, le carillon du beffroi de la ville a en effet joué la partition originale du Semeur écrite par Charles Mélant sur les vers du Montois George Garnir.

Et l'on peut dire que les quarante-neuf cloches de bronze du beffroi de 1669 ont ouvert le banquet en fanfare ! De 18h30 à 19h00, le carillonneur Patrice Poliart a aussi repris La Bière d'Antoine Clesse (encore un Montois), Le Doudou, La P'tite gayolle, La Brabançonne, Le Chant des Wallons et La Bourguignonne.

Merci à la ville de Mons et au carillonneur pour ce beau moment. Et prosit à Sébastien Laurent, président l'UAE-Mons, pour cette initiative haute en couleur.

Pour voir la vidéo de cette guindaille, c'est par ici...

Le beffroi de Mons, image empruntée à Wikipédia.

mardi 26 novembre 2013

Un portrait à l'acide

Le Bruxelles Universitaire des années 1930 publie de temps à autre le portrait d'un Camarade. Si la plume est souvent rieuse, elle peut aussi être mordante. Et c'est là que les rédacteurs du B.U. révèlent leur talent satirique.

Un exemple parmi d'autres : le portrait au vitriol du président des Etudiants wallons, publié dans le numéro de la Saint-Vé 1928. Preuve s'il en est, qu'on peut mener une charge rude et rester bons Camarades.

Les amoureux de croquis apprécieront le profil du président qui illustre l'article. Le bonhomme est coiffé d'un béret (parfois qualifié de "flatte"), certes. Cependant ce n'est pas cela qui frappe mais bien le regard de ce Poil : on s'attend à ce qu'il tourne la tête et pose les yeux sur le lecteur.

Bruxelles Universitaire, Saint-Vé 1928.

vendredi 1 novembre 2013

Les vadrouilles à Lille en 1928 et 1930

En mai 1928, sous le titre "Les délices de Lille", Bruxelles Universitaire raconte la vadrouille du Cercle Solvay chez les Camarades de lillois.



Bruxelles Universitaire, mai 1928.

Deux ans plus tard, en janvier 1930, le B.U. retrace "L'épopée du C.D. à Lille". Le titre n'est pas exagéré : tout est énhaurme dans cette expédition extra-muros, des beuveries jusqu'au monôme (ce défilé en file indienne d'étudiants, qui zigzague en rue).

Il semble que cette habitude de se rendre visite s'est maintenue des années 1880 à la fin des années 1930. Cela expliquerait sans doute une certaine influence des traditions étudiantes de France sur celles de Belgique (comme le monôme).










Bruxelles Universitaire, janvier 1930.

Le baptême du Cercle de Sciences en 1928

En novembre 1928, Bruxelles Universitaire décrit le baptême du Cercles des Sciences, qui se déroula à la Maison des Poils - située alors dans le jardin du Palais d'Egmont - en présence de la Fanfare.

Le chroniqueur reste relativement évasif sur les épreuves imposées au Bleu. Et ce n'est pas un hasard : "N'oublions pas que "B.U." est lu dans les meilleures familles", rappelle avec ironie un article de mai 1928.

La soirée baptismale se termine - comme souvent - chez Gaspar, au Diable-au-Corps. Et, pour certains, au bordel.

L'articulet est illustré d'un clysopompe, instrument médical destiné à effrayer le Bleu pendant son baptême.



Bruxelles Universitaire, novembre 1928.

CP : le banquet de la Sainte-Barbe 1927

Le Bruxelles Universitaire de janvier 1928 chronique le banquet de la Sainte-Barbe tenu le 10 décembre 1927 par le Cercle polytechnique et l'assemblée générale qui suivit trois jours plus tard.

Les deux festivités se terminent chez Gaspar, au Diable au Corps, où l'on se rend en monôme (file indienne d'étudiants zigzagante).




Bruxelles Universitaire, janvier 1928.