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lundi 30 juillet 2012

L'évolution du Solbosch dans l'entre-deux-guerres

Du milieu du 19e siècle à 1907, les étendues agricoles du plateau du Solbosch (qui s'étire de l'abbaye de la Cambre à l'église de Boendael) sont grignotées par une urbanisation légère et la construction de maisons de plaisance (dont la villa Capouillet, bâtie en 1872).

De 1907 à 1910, le Solbosch est aménagé pour accueillir l'Exposition universelle. Elle s'étend de l'avenue Jeanne à la chaussée de la Hulpe et de la chaussée de Boendael au bois de la Cambre. L'avenue du Solbosch (l'actuelle avenue Buyl) se coule alors dans un léger fossé. Comme cette voie reste publique et traverse l'Expo dans sa longueur, il faut construire des ponts pour la franchir et passer d'une partie à l'autre du site. Le haut de l'avenue Héger débouche aujourd'hui à l'emplacement du plus important de ces ponts.

Pour mieux visualiser cette évolution, consultez l'excellent site du Laboratory of Image Synthesis And Analysis de l'ULB, consacré à l'histoire du Solbosch et de son campus : http://lisaserver.ulb.ac.be/tabledutemps/

Les premiers bâtiments

Lorsque les pavillons de l'Expo universelle sont démolis, la ville de Bruxelles entend bien relancer l'urbanisation du site du Solbosch. A la même époque, l'Université se sent à l'étroit dans le Palais Granvelle, rue des Sols.

L'une et l'autre sont donc faites pour s'entendre : en 1921, l'ULB reçoit de la ville de Bruxelles un quadrilatère entre les avenues Buyl, Jeanne, Depage et l'avenue des Nations (qui porte aujourd'hui le nom de Franklin Rooselvelt).

Dans la foulée, l'ULB acquiert la villa Capouillet en 1924. Cette illustre demeure tombera sous les coups de pioche nonante ans plus tard, en janvier 2014.

Carte postale colorisée. Probablement antérieure à 1900.
La villa Capouillet et son terrain de tennis,
avenue du Solbosch (actuellement avenue Buyl).
Elle abrita les services de Botanique
et se vit donc attribué la lettre B.

Et les premiers bâtiments sortent de terre entre 1922-1924. Ils sont conçus à la hâte par l'ingénieur Eugène François, prof à l'Université, et leur organisation interne s'en ressent. Quant à leur style industriel, il leur vaudra le surnom d'"Usine" puis la lettre U, par abréviation. Mais le temps a fait son oeuvre : la façade et l'aspect labyrinthique du bâtiment en font aujourd'hui le charme.

A l'origine, l'"Usine" accueille l'Ecole polytechnique, la Faculté des Sciences et l'Ecole de Pharmacie.


Vue aérienne du campus vers 1924.
Photo extraite du site du Laboratory of Image Synthesis And Analysis
consacré à l'évolution du campus.

Deux ans plus tard, en 1924, on construit le bâtiment destiné à recevoir les Facultés de Droit et de Philosophie et Lettres, de même que la Bibliothèque et l'Administration (d'où la lettre A qui lui est attribuée). Le cahier des charges qui préside à la construction du nouvel édifice précise qu'il devra se placer à front de l'avenue Roosevelt, afin de cacher le bâtiment U jugé trop laid. (Isabelle Douillet et Cécile Schaack, Université libre de Bruxelles, le campus du Solbosch. Inventaire du Patrimoine architectural Bruxelles-Extensions Sud, s.d.)

Les Américains de la "Commission for Relief in Belgium Educationnal Foundation" financent l'intégralité des travaux. En échange de quoi, ils demandent que l'architecte du nouveau bâtiment s'inspire d'un "style national". Ce qui explique que l'édifice réalisé par Alexis Dumont ait ce cachet néo-renaissance flamande qu'on lui connaît.


Vue aérienne du campus à la fin des années 1920.
Photo extraite du site du Laboratory of Image Synthesis And Analysis
consacré à l'évolution du campus.

Carte non datée. Sans doute imprimée au début des années 1950.
L' ex-bibliothèque principale (actuelle biblio de psychologie)
Le tableau représentant Prométhée trône déjà dans la salle.

Le bâtiment A remporte immédiatement les suffrages. Fort de ce succès, Alexis Dumont se voit confier la réalisation de la Maison des Etudiants et de celle des Etudiantes. Un article du secrétaire de l'Université, Jean Willems, annonce dans le Bruxelles Universitaire de juillet 1925 qu'elles auront la même allure que le bâtiment A et qu'elles seront très spacieuses (Lisez la brève "Croquis des Maisons des Etudiants et Etudiantes").

Mais le style et la dimension de ces Maisons, érigées en 1928, sont en définitive bien plus modestes. Leur emplacement est par contre sensiblement le même que prévu : à front de l'avenue Roosevelt, entre l'avenue Jeanne et l'avenue Héger. Ces deux bâtiments forment actuellement la première partie de l'auditoire Janson, dont l'Aula viendra se greffer à eux en 1956. (Isabelle Douillet et Cécile Schaack, op.cit.)

Clin d'oeil aux Anciens : c'est dans les caves de ces ex-Maisons des Etudiants que le Cercle de Droit et le Cercle Solvay avaient leurs locaux jusqu'en 2010.


Les Maisons des Etudiants vers 1928.
A droite, on distingue la tour du bâtiment A.

Photo extraite du site du Laboratory of Image Synthesis And Analysis
consacré à l'évolution du campus.

Etudiants devant leurs Maisons en 1931.
Photo extraite du site du Laboratory of Image Synthesis And Analysis
consacré à l'évolution du campus.

A partir de 1931, l'architecte Dumont travaille à la conception de la Cité Héger, sous des formes modernistes très différentes de ces deux premières réalisations. A l'origine, les deux ailes - légèrement asymétriques - de la Cité devaient accueillir 58 chambres d'étudiantes, 108 chambres d'étudiants et un restaurant de 150 places. (Isabelle Douillet et Cécile Schaack, op.cit.)

Vue aérienne du campus en 1937.
La Cité Héger a fait son apparition.

Photo extraite du site du Laboratory of Image Synthesis And Analysis
consacré à l'évolution du campus.

La Cité Héger en 1931.
Elle posède encore son escalier (menant au restaurant)
et sa rotonde en surplomb.

Photo extraite du site du Laboratory of Image Synthesis And Analysis
consacré à l'évolution du campus.

Carte postale non datée.
Sans doute imprimée au début des années 1950.

Le restaurant universitaire.
Les tables sont dressées avant l'arrivée des étudiants.
Des dames font encore le service à table, en tablier blanc.

Enfin, en 1935, l'architecte Eugène Dhuicque, prof à l'ULB, construit le bâtiment d'Education physique, dans un style art déco grâce au mécénat d'un couple hollandais Andriesse-Spanjaard. (Isabelle Douillet et Cécile Schaack, op.cit.) Il y adjoint un terrain de football entouré d'une piste d'athélisme. Deux terrains de tennis sont placés dans le prolongement dans la Cité et deux autres sont tracés là où on les voit encore.

Le terrain de foot et l'esprit sportif ont cédé la place à un parking en 1995.


Carte postée le 5 août 1952.
A gauche, le bâtiment d'Education physique et son escalier.
Il est séparé de la Cité Héger par un terrain de football.

Carte non datée.
On distingue la piste d'athlétisme entourrant le terrain de football.
Les marches (à droite) mènent à la Cité.
Au centre, à l'arrière-plan, le bâtiment d'Education physique.
Et derrière les arbres, la villa Capouillet.

dimanche 29 juillet 2012

Résistance : l'auditoire Jean Guillissen (UA2.218)

L'auditoire UA2.218 rend hommage à Jean Guillissen

Né à Verviers le 9 décembre 1914, Jean Guillis­sen obtient, à 21 ans, le diplôme d’ingénieur électricien méca­nicien de la faculté des Sciences appliquées de l’ULB. Assistant de grands profes­seurs de l’ULB, il entreprend notam­ment l’étude des rayonnements et freinages internes des corps radioac­tifs.
La vie poli­tique de Jean Guillissen se caractérise par une forte activité militante de gauche. Dans l’entre-deux-guerres, il s’inscrit au Parti communiste. Durant la deux­ième guerre mondiale, il fut l’un des promoteurs des Partisans armés, première organisa­tion structurée de la résistance belge. Son rôle dans cette as­sociation est, bien entendu, à mettre en parallèle avec ses ac­tivités universitaires : il met ses connaissances au service du groupement en per­fectionnant armes et explosifs.

A partir de novembre 1941 et de la fermeture de l’ULB, il con­tinue à étudier plu­sieurs questions scientifiques avec quelques étudiants dans des labora­toires clandestins.
Jean Guillissen a été arrêté alors qu’il transformait des explosifs. Il a été fusillé à Buchenwald le 9 mai 1942 à l’âge de 27 ans. Un auditoire de l’ULB porte son nom, une plaque commémorative orne la maison qu’il habitat à Ixelles (au 617 chaussée de Booendael). Un prix Guillis­sen a également été décerné à de jeunes scientifiques dont les travaux touchent aux valeurs chères à Guillissen : libre exa­men et bien-être social.

[Avec la plaquette ULB résistante, éditée par le Cercle du Libre Examen, en 2005-2006]


 

lundi 23 juillet 2012

L'injecteur, accessoire estudiantin

Le clystère est un médicament qu'on introduit dans le fondement à l'aide d'une seringue (une sorte de pompe en métal avec un manche en bois) ou d'un clysopompe (c'est-à-dire un tuyau muni d'une pompe également en métal).

Par métonymie, la seringue a fini par s'appeler "clystère". Mais il serait plus correct de la désigner par le terme d'"injecteur".

Du fait de son usage, cet outil médical amuse les étudiants depuis longtemps. Ils l'ont en tout cas très tôt intégré dans leur folklore et pas seulement en Faculté de médecine (où un folklore de carabin aurait pu le cantonner).

La plus ancienne trace à l'ULB

La première trace d'injecteur figure au coeur du "Blason du Crocodile", une lithographie de Félicien Rops publiée dans Le Crocodile du 7 août 1853. Au centre du dessin, on voit une guindaille monstre : des membres de la Société des Crocodiles lèvent leur verre au tonneau de Faro tandis que d'autres tombent déjà ivres morts. A droite de cette scène, on aperçoit un personnage muni d'un injecteur.

Il n'y a, selon nous, que deux explications possibles à la présence d'un tel outil à une fête bibitive estudiantine. Soit les Crocodiles remplissaient le clystère de bière et servaient à boire en "injectant" le houblon dans les verres ou dans les gosiers. Soit ils s'en servaient pour asperger l'un ou l'autre camarade.


Lithographie du Crocodile du 7 août 1853.

Détail du "Blason du Crocodile",
publié dans Le Crocodile du 7 août 1853.
Le personnage muni du clystère se trouve à droite.

Et une réapparition au baptême...

Après cette apparition fugitive en 1853 dans Le Crocodile, le clystère n'est plus mentionné ni dessiné dans la presse étudiante de l'ULB pendant 70 ans. A-t-il pour autant connu une éclipse ? Nous n'en savons rien. Mais, lorsque le 15 novembre 1926, un chroniqueur du Bruxelles Universitaire relève sa présence au baptême du Cercle de Droit, il ne s'en étonne pas. L'emploi d'un injecteur semble donc être à cette époque une tradition ancrée depuis longtemps. "Aux yeux des bleus épouvantés apparaissent les accessoires : demis rangés en bataille en une file interminable, injecteur, entonnoir, moutardier, pot à colle, monceaux de plumes qui bientôt renforceront notablement le système pileux des victimes", explique ainsi un certain Henri Botte dans le B.U. de novembre 1926.

L'association d'un injecteur et de verres de bière nous laisse à nouveau penser que les étudiants des années 1920 employaient l'injecteur pour servir à boire ou pour asperger leurs camarades.


Un injecteur pour servir à boire...

A la fin des années 1920, le clystère fait-il partie de l'attirail de l'étudiant, au même titre que la penne ? On le retrouve en tout cas sous le bras du Poil qui orne la Une du Bruxelles Universitaire du 30 mars 1927. Sa présence à côté d'une outre allant comme de soi, nous pensons que le clystère a peut-être été utilisé à d'autres moments que les baptêmes. Sans doute pour boire.


Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.

50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

Les étudiants ont d'ailleurs employé le folklorique accessoire médical à la Saint-Verhaegen, si l'on en juge par le compte-rendu de la Saint-Vé 1933 rédigé par le Bruxelles Universitaire. Dans son numéro du 6 décembre 1933, le B.U. décrit le rassemblement des Poils au Sablon : "Le char de Chimie, le char de Pharmacie, le char de Médecine, de Droit, de Solvay, de Gembloux et la bête de Polytech prirent place à leur tour et bientôt le funambulesque cortège se lança dans la vile esbaudie. La police, gentille pour ce jour, entoure d'un sourire placide les poils déjà sous l'influence de la boisson. Les injecteurs font leur office sur les chars en délire et nous arrivons rue des Sols, pèlerinage habituel à l'ancienne Université."

Il est presque certain que, dans ce cas, on a employé les injecteurs pour donner à boire. Chacun sait en effet qu'aujourd'hui encore, lors de la Saint-Vé, le service de la bière s'effectue sur les chars décorés par les Cercles.


... Et pour asperger

Le dessin publié dans le Bruxelles Universitaire du 20 novembre 1939 sous un article consacré aux baptêmes des différents Cercles ne nous renseigne pas sur l'usage du clystère. Il nous apprend par contre indirectement qu'on l'utilisait encore à la veille de la Seconde guerre mondiale.

Caricature extraite du Bruxelles Universitaire du 20 novembre 1939.
Le mouton coiffé d'une penne figure évidemment le Bleu.

On retrouve l'injecteur au sortir de la Seconde guerre. Il apparaît dans une scène dessinée au bas du diplôme de baptême de Polytek de 1945 : tandis qu'un comitard badigeonne un Bleu de colle, un autre dirige un injecteur vers lui et il s'agit cette fois clairement de s'en servir pour asperger.

Diplôme de baptême de Polytech de 1945,
appartenant à Manfred Loeb.
Document extrait de 125 années à l'ULB vécues par le CP.
Cercle Polytechnique 1884-2009.

En bas, au centre, un comitard enduit le Bleu de colle.
Un autre l'asperge avec un clystère.
Dans le coin inférieur droit, un comitard cagoulé

En ce qui concerne les Cercles facultaires, on perd à nouveau la trace de l'injecteur après 1945.


Dans les Sociétés intimes...

Le clystère est également employé dans les Sociétés intimes d'étudiants, puisque celles-ci se sont inspiré du folklore des Cercles facultaires.

Une Société s'appelait par exemple "Les Clysopompiers". Son nom est un épouvantable jeu de mot sur "clysopompe" et "pompiers". Et l'on peut avancer sans trop de risque qu'il n'a pas été choisi pour un goût particulier pour les lavements mais pour l'usage du clysopompe comme lance pour éteindre le feu de la soif.

Nous ne connaissons pas les dates d'activité des Clysopompiers mais leur nom figure avec d'autres sur le carton d'invitation au banquet donné le 12 janvier 1929 à l'occasion de la fermeture du Diable-au-Corps, l'estaminet qui hébergea de nombreux Cercles à la fin du 19e et au début du 20e siècle.

Parmi les Sociétés encore actives, les Macchabées, pour ne citer qu'eux, ont également adopté l'injecteur et l'utilisent encore aujourd'hui.

Dans les années 1930, c'était de notoriété publique. En mars 1931, le Bruxelles Universitaire publiait ainsi en première page une caricature où l'on voit entre autres un Macchabée tenter d'éteindre un bûcher avec un injecteur.

Caricature publiée en Une du Bruxelles Universitaire de mars 1931.

Les Macchabées s'affichaient d'ailleurs à la Saint-Vé avec toge et cagoule, clystère et crâne à la main, comme on le voit sur cette photo prise à la Saint-Vé de 1931.

Au deuxième rang,
des Macchabées posent en toge et cagoule noires.
L'un d'eux porte un injecteur ; un autre un crâne.

Cette photo, légendée "Le Cercle de Médecine et son joyeux
orchestre", a été publiée dans Le Soir Illustré du 28 novembre 1931.
Elle est empruntée au site Quevivelaguindaille.be


Egalement en France

De quand date exactement l'emploi de l'injecteur dans le folklore étudiant bruxellois ? La question reste pour le moment sans réponse.

Qu'en est-il de ce rite à l'étranger ? On n'en trouve pas de trace dans les Sociétés d'étudiants germaniques. Jetons alors à tout hasard un coup d'oeil en France... 

Le dictionnaire consacré au jargon de l'Ecole polytechnique de France, "L'argot de l'X. Illustré par les X", ne compte aucune entrée pour le terme "injecteur" mais il présente néanmoins une caricature amusante dans son édition de 1894. Un dessin illustrant la chanson des "Deux Majors", consacrée aux deux officiers chargés de la santé des Polytechniciens, montre les deux gradés en train de s'asperger copieusement, notamment avec un clystère. Bien que cela n'indique pas que les étudiants chahutaient de cette manière, on peut penser que le dessinateur a projeté le comportement des étudiants sur celui des officiers (qu'on imagine mal se chamailler avec les outils médicaux).


Caricature extraite d'Albert-Lévy et G.Pinet,
"L'argot de l'X. Illustré par les X", 1894, Paris.


Un carton de bal de 1904, imprimé par les étudiants faluchés du Corps de Santé de la Marine, s'avère lui beaucoup plus intéressant. Il fait écho à un folklore typiquement médicastral : l'étudiant qui y figure a l'apparence d'un squelette coiffé d'un béret estudiantin à ruban rouge (couleur de la médecine) et il tient un injecteur. Et cet outil médical sert clairement à verser à boire : des gouttes de vin s'en échappent...

Carte de bal organisé par les étudiants faluchés du Corps de Santé de la Marine,
le mercredi 30 mars 1904.

"A venir en leur Bal où ce soir ne s'abrite
Que la franche gaîté des Escholiers d'antan
A l'heure où nous revient tout fleuri le Printemps
Les Carabins joyeux vous font la folle invite."

Baptême du Cercle de Droit en 1926

Le numéro de Bruxelles universitaire du 15 novembre 1926 rend brièvement compte du baptême du Cercle de Droit, au "Rome", un café situé dans le quartier de la Grand-Place.

L'article nous apprend que la cérémonie débute par une sonnerie de clairon. Mais, surtout, il détaille les accessoires du baptême destinés à effrayer les Bleus ou à être réellement utilisés. C'est la plus ancienne description de ces accessoires.

Des demis de bière sont présentés aux Bleus ainsi qu'un entonnoir. L'objectif est bien entendu de les impressionner en leur laissant penser qu'on va les gaver de houblon. Si l'on se base sur un dessin paru en 1945 dans la Revue de Médecine et de Pharmacie, l'entonnoir apparaîtra au baptême jusqu'en 1940 et peut-être encore dans l'immédiat après-guerre.

La présence d'un injecteur (appelé aussi clystère) vise également à surprendre les Bleus. Cet instrument médical ne sert en réalité qu'à les asperger de bière... Et donc à les "baptiser". Ce rite s'écarte de la "dépoirification" des années 1900, au cours de laquelle on versait la bière sur la tête de l'impétrant tout comme dans le "baptême" des sociétés d'étudiants germaniques.

Le pot de colle et les plumes semblent par contre avoir bel et bien été employés pour "renforcer le système pileux" des Bleus.



Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.

50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.


Un dessin publié dans la Revue de Médecine et de Pharmacie à l'occasion de la Saint-Verhaegen de 1945 pourrait nous faire croire qu'à l'époque le Bleu était ligoté à une chaise et que l'entonnoir était réellement employé lors de son initiation. Il s'agit bien entendu d'une caricature, qui contient par ailleurs des erreurs : le Bleu est en costume-cravate et porte déjà la penne.


Dessin extrait du numéro spécial de la Revue de Médecine et de Pharmacie
édité pour la Saint-Verhaegen 1945.

Deux des poils sont habillés en serveurs.
Et deux d'entre eux portent des bérets. 

vendredi 20 juillet 2012

Résistance : le local AY2.107

La salle de cours AY2.107 est dédiée à trois enseignants de la Faculté de Philosophie et Lettres, morts dans le naufrage de l’Aboukir le 28 mai 1940 : Henri Laurent (37 ans), Charles Beckenhaupt (55 ans) et Werner Kamps (37 ans). Ce bateau emportait des civils d’Ostende vers l’Angleterre. Il fut torpillé par un navire allemand qui fit feu sur les survivants.

Le 28 mai 1940, l’armée belge capitule. Certains Belges tentent de rejoindre l’Angleterre où sont basées les forces alliées pour se mettre à leur disposition. C’est le cas de ces trois professeurs dont deux étaient déjà engagés contre l’Allemagne nazie depuis plusieurs années. M. Laurent avait des activités journalistiques qui le vouaient à la haine des ennemis de la liberté et de l'équité. En prenant l'Aboukir, il pourvoit à sa sécurité. M.Beckenhaupt, alsacien d'origine, se tient à la disposition de l'ambassade de France. Perdent également la vie dans ce naufrage : l’épouse de Charles Beckenhaupt ainsi qu’un étudiant étranger de l’ULB, Yervant Vartanian.

André Jadot, un intellectuel brillant

Né à Ben Ahin-lez-Huy le 8 mars 1918, André Jadot entreprend des études de philologie germanique à l’Université de Liège. Il se révèle être un étudiant d'une grande maturité et d'une intelligence aiguisée. Il se consacre à la littérature allemande et est proclamé licencié en philosophie et lettres, avec grande distinction, en 1939, avec un mémoire portant sur le roman "Joseph et ses Frères" de Thomas Mann. Agrégé de l’enseignement moyen du degré supérieur, il est désigné comme professeur aux athénées de Herstal et de Huy.

Quand commence l’offensive allemande le 10 mai 1940, le milicien Jadot participe à la campagne des 18 jours, est blessé, mais échappe à la captivité.

Quand Charles Beckenhaupt, titulaire de la chaire d’allemand de l’ULB, décède en tentant de franchir la Manche, le poste reste vacant. Le Conseil d’Administration porte son choix sur André Jadot qui, malgré son jeune âge et son absence de doctorat, semble rassembler les qualités requises (érudition, esprit de synthèse et profondeur d’interprétation) pour assurer le cours de littérature allemande avec le titre de suppléant. Il assura sa charge à la satisfaction générale. Quand le Conseil d'administration de l'ULB décide de suspendre les cours le 25 novembre 1941, Jadot retourne à Liège pour y devenir assistant du professeur Corin et achever sa thèse de doctorat, soutenue avec succès en 1942.


Avec les Partisans Armés

En 1943, Jadot délaisse une étude sur le "Bildungsroman" pour tenter de poursuivre la lutte contre l’occupant sous une autre forme. Il s’engage alors sous le pseudonyme d'"Andrex" dans l'Armée belge des partisans, une organisation de résistance mise sur pied par le Parti communiste belge au lendemain de l'agression allemande contre l'URSS. Cette armée bénéficie de l'expérience de quelques anciens des "Brigades internationales". Jadot y remplira les tâches les plus diverses parmi lesquelles : sabotage, réquisitions, dépôts d’armes et de munitions, presse clandestine, tracts.

Dans la nuit du 4 au 5 février 1944, la première compagnie du bataillon universitaire du corps 013 (Liège) de l’Armée des partisans reçoit l’ordre d’accomplir, sous le commandement d’André Jadot (avec deux autres hommes), le sabotage d’un train de minerais allemand sur la ligne Liège-Hasselt. Ce train, par suite d’une erreur de signalisation, ne passera pas. La petite équipe était résolue à remettre le coup au lendemain. Elle s'acheminait vers le dépôt d’armes quand, suite à un malentendu avec l’un des deux autres membres inexpérimentés du commando, elle fut encerclée par des Feldgendarmes. La fouille ayant commencé, les partisans jouent leur va-tout, bousculent les Feldgendarmes et s’enfuient à la faveur de l’obscurité. L’ordre de tirer est donné. André Jadot est tué sur le coup par une rafale de mitrailleuse et une balle de fusil. Son compagnon est blessé par des éclats de grenade et fait prisonnier tandis que le troisième membre de l’équipe parvient à s’échapper.

Une figure de la résistance universitaire

Enterré sans aucune mention d’identité sur les remparts de la citadelle de Liège, André Jadot devra attendre le 27 avril 1945 pour être inhumé. Le 27 mai 1946, l’Université Libre de Bruxelles remet une Médaille du Souvenir à la veuve d’André Jadot. Immédiatement après la guerre, une plaque commémorative sera apposée dans le local 107 du bâtiment de la Faculté de Philosophie et Lettres.

[Avec la plaquette "ULB résistante", éditée par le Cercle du Libre Examen en 2005-2006]

lundi 16 juillet 2012

Aux origines de la codification de la penne

Le 7 décembre 1925, un Poil se plaignait dans Bruxelles universitaire de ce que - depuis quelques temps - la penne était portée tant par des étudiants de l'Institut Saint-Louis (au lieu de leur toque d'astrakan) que par des élèves de secondaire.

Un an plus tard, le comité de l'Association générale tâche de remédier à cette situation. Et surtout essaie de codifier la penne. L'article publié dans Bruxelles universitaire du 20 novembre 1926 est à ce titre assez instructif.

A cette époque, il va de soi que, d'une part, les étudiants portent une penne ou un béret noir, selon leur goût. Et que, d'autre part, chaque Cercle facultaire puisse avoir un couvre-chef particulier, comme c'est le cas pour le C.P. déjà très attaché à sa penne noire à liseré blanc.

Si l'on en croit cet article, c'est en 1926 que la penne et le béret - porté jusqu'en 1940 - connaissent deux innovations. Tout d'abord, le ruban vert et rouge (les couleurs de la ville de Bruxelles) qui ceint le couvre-chef de tout le monde est remplacé par un ruban à la couleur de la faculté où chacun est inscrit. Ensuite, chaque penne et chaque béret est doté d'un écusson propre à l'ULB, complété par l'insigne facultaire (qui était alors soit brodé soit épinglé).

Le lecteur notera que tous les Poils d'alors, y compris les Polytechniciens, arborent une étoile par année d'ancienneté. Le C.P. n'introduira l'usage des boulons que plus tard.

En 1926, le code des couleurs est déjà acquis : les étoiles sont dorées, hormis pour les années recommencées où elles sont alors argentées. Mais l'auteur de l'article précise que ces étoiles doivent se placer sur le ruban.


Article extrait du Bruxelles universitaire du 20 novembre 1926.
Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.

50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.


Ci-dessous, un Poil (sans doute celui surnommé "Ruteboeuf") caricaturé par Bizuth dans le Bruxelles universitaire du 1er décembre 1923. Il est coiffé du fameux béret, où les étoiles ont été épinglées plic-ploc.

Caricature de Bizuth,
extraite du Bruxelles universitaire du 1er décembre 1923.
Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.

50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

jeudi 12 juillet 2012

Résistance : la Salle des Marbres

On trouve dans la Salle des Marbres des monuments d'hommage aux membres de la communauté universitaire décédés au cours des deux conflits mondiaux. Parmi eux figurent Marguerite Bervoets et Georges Livschitz.

Marguerite Bervoets

Marguerite Bervoets

Marguerite Bervoets est née le 6 mars 1914 à La Louvière. Inscrite en 1932 à l’ULB, elle quittera l’université, licenciée en philologie romane et candidate en droit. Elle sera alors nommée professeur à Tournai. Dès janvier 1941, elle entre dans la résistance où elle est chargée de collecter des informations sur diverses activités allemandes. Elle aide également des parachutistes alliés et cache chez elle des armes. En août 1942, elle est arrêtée alors qu’elle photographie avec son amie Cécile Detournay le champ d’aviation de Chièvres, pour y relever les positions des batteries antiaériennes. Une sentinelle allemande les surprend et les conduit devant un officier. Lors d'une perquisition à son domicile, l’occupant découvre des armes entreposées. Condamnée à mort, elle est transférée en Allemagne où elle sera guillotinée à la prison de Wolfenbüttel, le 7 août 1944.

Cécile Detournay sera, elle, libérée par les troupes américaines en mai 1945.

Dès la fin de la guerre, de nombreux hommages furent organisés en son souvenir : un monument et une plaque sur sa maison natale à la Louvière. On rebaptise l'école qu'elle fréquenta à Mons ainsi que plusieurs rues en Belgique et en France.


Georges Livschitz


Georges Livschitz
Georges Livschitz, dit Youra, a écrit une page unique de l’histoire de la guerre : l’attaque d’un convoi de déportés juifs destinés aux camps d’extermination.

Il est né à Kiev, au sein d’une famille juive aisée, qui s’installe à Bruxelles en 1927. Ses études secondaires réussies à l’Athénée d’Uccle, il s’inscrit en médecine à l’ULB en 1935. Militant progressiste, membre du comité de rédaction des Cahiers du Libre Examen, il y côtoie les futurs fondateurs du Groupe G.

Malgré les ordonnances anti-juives, il obtient son doctorat clandestinement en 1942 et s'engage dans le Comité de Défense des Juifs (CDJ), composante du Front de l'Indépendance, qui lui soumet l'idée de l'attaque. Enthousiaste, Youra organise l'action en contact avec les Partisans Armés et le Groupe G. Ce dernier délègue Maistriau et Frankelmon pour cette action. Le trio, armé d'un seul revolver et de sept cartouches, arrête le convoi n°XX près de Boortmeerbeek, dans la nuit du 19 avril 1943. Une quinzaine de détenus est libérée, mais près de 200 déportés parviendront encore à s'évader pendant le reste du trajet.

Trahi et arrêté, Youra réussit un autre exploit : s'évader des locaux de la Gestapo de Bruxelles. A nouveau trahi, il est enfermé à Breendonck et exécuté comme "chef de bande terroriste" le 17 février 1944 au Tir national de Bruxelles. Il avait 26 ans. A ses côtés tombait un autre étudiant de l'ULB, Richard Lipper, du Groupe G. Robert Maistriau a été fait Docteur Honoris Causa de l'Université libre de Bruxelles le 16 novembre 2005, pour avoir, avec Youra Livschitz et Frankelmon, arrêté le convoi n°XX à Boortmeerbeek.

[Avec la plaquette "ULB résistante", éditée par le Cercle du Libre Examen en 2005-2006 et Wikipedia]


lundi 9 juillet 2012

La cagoule à l'X en 1894

Les brèves "La cagoule avant et après le baptême de 1925" et "La cagoule au baptême montois en 1925" ont rappelé que la cagoule a été portée dès les années 1920 par les comitards de l''ULB et de l'Ecole des Mines de Mons, lors du Jury (l'actuel Tribunal). Les membres de ce Jury siégeaient le soir du baptême, assis à une table d'où ils jugeaient les Bleus.

On ne connaît pas avec précision la date d'apparition du couvre-chef conique dans le folklore de l'ULB ni quel fut le premier Cercle à le porter. Mais il faut peut-être chercher son origine dans les traditions de l'Ecole polytechnique de France et dans les nombreux contacts que les étudiants bruxellois entretenaient avec leurs camarades français à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème siècle.

L'argot de l'X

En 1894, Albert-Lévy et G.Pinet publient "L'argot de l'X. Illustré par les X". Leur volumineux dictionnaire édité à Paris dévoile le vocabulaire et les rites des étudiants de l'Ecole Polytechnique, surnommée l'"X" en raison du culte qu'on y voue aux maths.

Par les termes qui y sont employés et la description du rite qui y est faite, l'entrée "Comiss" de "L'argot de l'X" fait écho au folklore de l'ULB. Les uns y reconnaîtront un cousin de notre Tribunal, les autres des éléments de la séance qui précède l'intronisation dans un Ordre. En tout cas, on y retrouve le port de la fameuse cagoule.

La cérémonie d'intronisation décrite ici par Albert-Lévy et G.Pinet clôture les semaines de brimades dont le but est d'intégrer les "conscrits" (c'est-à-dire les étudiants de première année, appelés parfois "conscrards") à la communauté des "anciens"

Pour que cette intronisation conserve son rôle fédérateur par la surprise et l'émotion partagées, les conscrits doivent jurer de ne rien divulguer de celle-ci ni à leurs "cocons" (ainsi que sont désignés leurs "coconscrits") ni aux "exotiques" (les personnes réputées "exo", autrement dit "extérieures" à l'Ecole).

La commiss

"La commiss (abréviation du mot commission) est le tribunal d'anciens chargé de juger les conscrits et d'appliquer une cote à tous ceux que certaines particularités ou qu'une réputation de collège a désignés à son attention. La lecture de ces cotes se fait publiquement, le jour de la séances des cotes", ainsi que l'explique le dictionnaire "L'argot de l'X".

"La comiss se compose de douze membres, plus quelques bourreaux, désignés par le vote, dès le mois de juin de l'année précédente. Elle entre en fonction à l'arrivée de la nouvelle promo et se réunit, pendant les récréations, dans une vaste salle du rez-de-chaussée, très haute de plafond. Les juges, revêtus d'une immense cagoule rouge, prennent place à une table au milieu de la salle. A leurs pieds, sont accroupis les bourreaux, grands exécuteurs des hautes oeuvres, la tête recouverte de l'ossian, armés de haches, de chaînes, de carcans, de toutes sortes d'instruments de torture en carton. Devant eux, au sommet d'une pyramide branlante, formée de tables entassées les unes sur les autres, la victime est étendue, tout en haut, en travers, sur un bouret."

L'ossian dont sont coiffés les bourreaux est un bonnet de coton qui sert à aiguiser les rasoirs. Percé de deux trous pour les yeux et d'un troisième pour la bouche, il se transforme en cagoule. Son nom rappelle par un calembour celui d'un ancien préfet des études, Ossian Bonnet...

Bourreau en cagoule, muni d'une queue de billard.
Caricature extraite de "L'argot de l'X" (Paris, 1894)

"Les bourreaux ont contraint l'infortuné conscrit d'escalader la pyramide en subissant de fortes secousses, sous la direction du grand bourral. Ils commencent par le flamber en lui promenant sous le derrière une torche de papier enflammé puis, après un formidable refrain, le silence s'étant rétabli, l'interrogatoire commence, interrogatoire baroque, basé sur des accusations comiques, plus ou moins discrètes, fait de questions cocasses, de facéties, de calembredaines. Après quoi la victime est, d'après ses réponses, son attitude, la façon dont elle a enduré les épreuves préliminaires, proposée pour telle ou telle cote, enfin, saisie par les bourreaux qui se la passent de main en main comme une balle et la renvoient dans la cour."

"Le conscrard traduit devant la commiss signe la déclaration suivante : "Je soussigné, ignoble conscrard d'une promo (jaune, rouge) déclare m'engager à ne rien révéler à mes cocons ni à aucun exotique, de ce qui va se passer pendant ma comparution devant la commiss de la vénérable promo (rouge, jaune)."

"Rien n'égale la terreur que la commiss inspire aux nouveaux ; ceux-ci supportent avec d'autant plus de résignation les brimades des premières semaines qu'au moindre mouvement de révolte l'ancien les menaces de la commiss !"
Séance de la commission des anciens.
Le nouveau conscrit est placé sur une pyramide de tables.
Les bourreaux, coiffés de cagoule, le questionnent.
Caricature extraite de "L'argot de l'X" (Paris, 1894)

La séance des cotes

La lecture des cotes se déroule publiquement dans un amphithéâtre lors d'une cérémonie burlesque, appelée "séance des cotes". Elle rappelle quelque peu la "remise des diplômes" qui suit notre baptême. 

La commiss prend place sur un plancher volant, posé sur le bureau du professeur. Les membres en grande tenue, claque et épée, ceints d'une écharpe rouge, sont assis face au public. Les bourreaux, munis de leurs instruments de supplice, se placent derrière eux, la tête recouverte de leur cagoule rouge. Et des anciens, costumés entre autres avec des dominos de papier et des masques d'escrime, armés d'une queue de billard, entourent l'estrade au pied de laquelle se trouve l'orchestre des étudiants.

Le président ouvre la séance par un discours nourri d'épithètes corsées à l'adresse de la nouvelle promotion : "Chers cocons, jamais de mémoire d'X, on n'a vu de conscrards aussi lamentablement idiots, aussi puants de morgue et de mauvaise humeur que ceux qui viennent d'entrer à l'Ecole. Vous allez entendre les rapports individuels que votre commiss a préparés. Vous vous imaginiez, conscrards, qu'il suffisait de piquer une bonne note [...] pour devenir un polytechnicien et avoir le droit de vous asseoir là où se sont assis les Arago, les Ampère, les Courbet... Vous êtes entrés tout fiers de votre petite personne ; vous avez franchi, tout rayonnants d'orgueil, le seuil de la sublime porte. [...] Nous, vos anciens, plus réfléchis et plus froids, nous avons vu votre ignorance, nous avons aperçu vos défauts et vos vices et notre devoir est de vous les signaler. En entrant ici vous étiez une foule dont les éléments étaient recrutés un peu partout, sans lien, sans homogénéité ; vous ne formiez pas une promo. Il vous manquait cet esprit d'égalité, de solidarité, d'union qui fait la force de l'X ; nous nous sommes efforcés de vous l'inculquer : voilà le but des brimades, but sérieux que vous ne soupçonniez pas..."

Après ce discours, les conscrits gratifiés d'une cote défilent sur l'estrade, sous la conduite d'un ancien.

Parmi les cotes les plus fréquemment remises aux conscrits, on retrouve la "cote naïf" pour les conscrits aux réponses enfantines ou encore la "cote journal" pour ceux à qui la gazette de leur localité a consacré un article. 

Les plus petits des conscrits - affublés de la "cote bébé" -  sont munis d'un biberon et apportés devant l'assemblée dans les bras d'un ancien déguisé en nourrice normande. Ceux affligés d'une "cote rogne" à cause de leur mauvais caractère sont amenés sur l'estrade dans une cage d'osier et présentés comme des animaux féroces par un ancien, habillé en dompteur. Et ainsi de suite.

Chaque cote est accompagnée d'un laïus comique tenu par l'ancien qui présente le conscrit. Mais la "cote pose", destinée aux étudiants qui se sont vantés de leur nom ou de leur fortune, est suivie d'un laïus plus mordant, qui se termine par : "Sache, conscrit, qu'on ne reconnaît à l'Ecole qu'une richesse, celle du coeur ; qu'une noblesse, celle des sentiments."