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mercredi 27 juin 2012

Un bal des Crocodiles. Une gravure rarissime

La gravure qu'"En bordeaux et bleu" est heureux de vous présenter ici est une pièce unique, montrée pour la toute première fois. Elle ne figure dans aucun des fonds d'archives que nous avons dépouillés.

Ce document nous a été proposé par hasard, au cours de nos recherches, par un vendeur berlinois de coupures de journaux. Malheureusement, celui-ci a été incapable de nous préciser le nom et la date du journal dont la gravure est issue.

Analyse de source

Si l'on en croit l'article figurant au recto de la gravure et les dates qui y sont mentionnées, le dessin aurait été publié dans un journal allemand en mars 1859, c'est-à-dire quatre mois avant l'extinction du journal satirique des Crocodiles.

La légende du dessin indique qu'il s'agit d'un "Studenten-Karneval in Brüssel. Nach einer Originalzeichnung von Leo v. Eliot", c'est à dire d'un "carnaval d'étudiants à Bruxelles. D'après un dessin original de Leo von Eliot".

La présence de lustres à bougies nous informe qu'il s'agit en réalité d'un bal costumé. On y voit notamment trois personnes habillées en crocodile à l'avant-plan ainsi que trois ou quatre gueules de crocodile à l'arrière-plan.

Or l'on sait que les bals occupaient une place essentielle dans la vie du Crocodile. Ceux-ci étaient généralement organisés au Grand Sablon dans la salle du Kiosque ou dans celle de la Concorde (comme la "saxo-guindaille" de 1855, en hommage au célèbre Dinantais). Ils se tenaient en hiver, à raison de quatre par saison et parfois au printemps (comme le grand bal champêtre qui eut lieu en juin 1855). (Pierre Van Den Dungen, "L’Université libre au temps des Crocodiles" in Rops – De Coster. Une jeunesse à l’université libre de Bruxelles, Cahiers du GRAM, 1996, p.55)

On sait également que les soirées dansantes organisées par les Crocodiles étaient toujours costumées. (Pierre Van Den Dungen, op.cit.) Et l'on peut sans risque supposer que les Crocodiles devaient profiter de l'occasion pour se déguiser en saurien...

Enfin, Leo von Elliot a également représenté "A la vue de l'Université". Cet estaminet de la rue des Sols - surnommé "Le Trou" par les étudiants - était le lieu de réunion de la Sociétés des Crocodiles.

Tout ceci nous laisse penser que nous avons sous les yeux la seule et unique représentation connue d'un bal des Crocodiles...

Bal masqué d'étudiants, à Bruxelles. Dessin réalisé d'après une gravure de von Elliot, vers mars 1859.


A la même époque, on retrouve la tradition des bals costumés et parés à l'Université de Gand. En témoigne une carte porcelaine de 1844, qui servit à faire la publicité d'un bal donné par la Société des étudiants gantois.

Carte porcelaine de 1844 (8,8 x 13,2 cm)


Quelques zooms sur le bal des Crocodiles

Détail de la gravure de von Elliot réalisée vers mars 1859.
Détail de la gravure de von Elliot, vers mars 1859.
Détail de la gravure réalisée d'après le dessin de von Elliot, vers mars 1859.
Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

Les larmes (acides) des Crocodiles

Quatre ans après la mise en sommeil de la Société des Adelphes, l'ULB voit naître la Société des Crocodiles.

Si l'on en croit Louis Salomon Hymans, Jean-Baptiste Rousseau, les auteurs du "Diable à Bruxelles", paru en 1853, la société crocodilienne est "composée en partie des débris de celle du Pot d'Or", autrement dit des Adelphes qui se réunissaient à cette enseigne de la Montagne de la Cour. Comme les Adelphes, les Crocodiles sont d'ailleurs "une société de plaisir tirée à vingt-cinq membres". ("Le Diable à Bruxelles", volume 4, p.93.)

Dans ses "Souvenirs de la vie d’Etudiant", Fritz Rotiers explique que de joyeux étudiants de l’Université de Bruxelles avaient constitué un cercle d’agrément fin 1852, au plus tard début 1853. Baptisé "Les Crocodiles", ce cercle organisait des bals suivis et les portait à la connaissance du public au moyen d’affiches, pas toujours des plus tendres à l’égard de Napoléon III. (in Jeune Belgique, tome IV, 1884-85, pp.487 et 488 et Albert Bouckaert, "Le Crocodile, la plus ancienne gazette estudiantine belge" in Bruxelles Universitaire, mai 1925)

L’ambassadeur de France se plaignit de la situation auprès du bourgmestre de Bruxelles (alors De Brouckère) et les Crocodiles se virent refuser l’autorisation d’annoncer par voie d’affiche le bal qui devait se tenir le 5 février 1853 au Grand-Sablon. Réaction ? Le premier février, les Crocodiles distribuèrent l’affiche subversive en ville, mais sous forme de journal. "Le Crocodile", premier journal belge d’étudiants, était fondé. (Albert Bouckaert, op.cit.)

Sa présentation évolua et, à partir du numéro 17 (daté du 31 juillet 1853), "Le Crocodile" disposa d'une vignette très soignée mais particulièrement virulente. Elle représente deux crocodiles actionnant une broche monumentale où grillent Napoléon III, son diplomate, un évêque et des curés. Le feu est alimenté d'ouvrages calotins. 

Un journal engagé

Par son engagement politique et son humour acide, "Le Crocodile" a réussi à captiver un public de lecteurs qui ne se cantonnait pas aux étudiants de la rue des Sols.

S'il publiait des articles fantaisistes, le journal se faisait aussi volontiers l'écho d'idées anticléricales, républicaines et socialistes, le plus souvent à l’intérieur d’articles où l’humour l’emportait sur la doctrine. Cependant le discours se faisait parfois direct ; les Crocodiles déposaient alors leur plume "souvent badine et frivole" pour laisser s'exprimer des progressistes français exilés à Bruxelles. (Pierre Van Den Dungen, "L’Université libre au temps des Crocodiles" in Rops – De Coster. Une jeunesse à l’université libre de Bruxelles, Cahiers du GRAM, 1996, passim) 

Le débat social était très présent dans les colonnes du "Crocodile". Le journal n’hésita pas, par exemple, à publier des extraits d’une pétition de prolétaires adressées à la Chambre en vue "d’une amélioration du niveau des salaires par un jeu de solidarité", un "jeu" qui allait d’une taxe progressive pendant un an jusqu’à la confiscation des revenus des plus riches. (Pierre Van Den Dungen, op.cit.)  

Et sur le plan national, les Crocodiles étaient attachés à la Constitution de 1830 pour le principe essentiel de liberté de la presse. Ils n’en regrettaient pas moins le royaume des Pays-Bas dont la dislocation "par la séparation violente et radicale de la Belgique et de la Hollande" était à leurs yeux une "calamité". Selon eux, un "grand" royaume aurait permis de s’affirmer politiquement et commercialement face aux puissances européennes. (Pierre Van Den Dungen, op.cit.) 

En plus des choix politiques et sociaux des rédacteurs du journal, ce sont aussi les illustrations qui attirèrent les lecteurs. Et pour cause : la page trois de l’hebdomadaire (qui en comptait quatre) était réservée à Félicien Rops, étudiant à l’ULB et membre des Crocodiles. Le génial dessinateur collabora au journal de 1853 à 1856.

"Le Crocodile" vécut six ans. En 1859, ses principaux animateurs ayant successivement quitté l’Université, il s’éteignit doucement. (Albert Bouckaert, op.cit.)

mardi 26 juin 2012

Les jardins du Solbosch en 1934

A l'occasion du centenaire de l'ULB, Le Soir Illustré publiait trois pages sur l'Alma Mater dans son numéro du 17 novembre 1934.

Parmi les nombreuses photos accompagnant l'article (signé par Albert Bouckaert) figure une vue des "nouveaux" bâtiments du Solbosch. Elle a été prise de la Cité Héger.

On remarque immédiatement les jardinets qui séparent encore l'"Usine" (ainsi que les polytechniciens surnommaient le bâtiment "U") et les bâtiments destinés à l'Administration centrale, à la Faculté de Droit et à celle de Philo et Lettres.

L'Administration centrale et la bibliothèque, au centre.
La Faculté de Philo et Lettres, à l'arrière plan, à gauche.
La Faculté de Droit, à l'avant plan, à droite.
Un mur du bâtiment U, à l'avant plan, à gauche.
Le Soir Illustré du 17 novembre 1934.

lundi 25 juin 2012

"Le Crocodile", plus vieux journal étudiant belge

Cet article a été publié dans le Bruxelles Universitaire daté du mois de mai 1925, en marge du banquet de la presse estudiantine belge donné le samedi 9 mai.

Organisées par Bruxelles Universitaire et par l'Union nationale des étudiants de Belgique (dont le président d'honneur était alors le Ministre d'Etat Franqui), ces agapes entendaient réunir les administrateurs et les rédacteurs en chef des quatorze journaux étudiants répartis dans les différentes universités belges. Le soir-même, on compta entre autres des représentants du Cercle de Droit, de la Revue de l'Ecole Polytechnique et du Bulletin scientifique.















Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.
50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

vendredi 22 juin 2012

Croquis des Maisons des Etudiants et Etudiantes

Bruxelles universitaire consacre plusieurs pages de son numéro de juillet 1925 aux nouveaux bâtiments de l'ULB.  Et plus précisément à la Maison des Etudiants et à celle des Etudiantes.

Une Maison des Etudiantes fut créée en 1920, chaussée de Wavre. Elle comportait un restaurant, des salons et des chambres. Un an plus tard, la Maison des Etudiants était créée dans les annexes du Palais d'Egmont (boulevard de Waterloo) et devenait le centre de l'activité estudiantine : conférences, expos et concerts s'y tenaient.

Tout était pour le mieux, ou presque. Cependant, lorsqu'on décida de déplacer l'Université de la rue des Sols au Solbosch, on projeta aussi de construire deux maisons pour les étudiants, dans le même goût que les bâtiments destinés à héberger l'Administration centrale, la Bibliothèque et la Faculté de Philosophie et Lettres et celle de Droit.

Des plans furent réalisés. Ces Maisons devaient être énhaurmes. Elles devaient comporter 50 et 100 chambres, un restaurant, des salles de travail, de lecture et de sport... Des locaux destinés à accueillir des cercles étudiants et une salle de conférence étaient également prévus. Malheureusement, les Maisons ne virent pas le jour. C'est l'actuelle Cité Héger qui émergea de terre, plus tard. Mais ceci est une autre histoire.

Vous trouverez ci-dessous les croquis de la Maison des Etudiants et de celle des Etudiantes.




Photo publiée en Une du B.U. de juillet 1925. 


Selon ce plan d'ensemble,
les nouvelles Maisons des Etudiantes et des Etudiants (à gauche)
auraient dû être séparées
de la Bibliothèque et des auditoires de Philo et Droit (à droite)
par l'avenue Héger (au centre).

La Maison des Etudiants aurait dû se situer
 où se dressent les actuels locaux de la Business School.
Tandis que la Maison des Etudiantes aurait dû se situer
là où se trouvent une partie des actuels bâtiments de la Fac de Droit.










La Maison des Etudiants telle qu'on aurait dû la voir
à partir de l'avenue Roosevelt.
A gauche : l'avenue Jeanne.







La Maison des Etudiantes telle qu'elle aurait dû être construite.
A droite : l'avenue Héger.








Ces documents proviennent
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.
50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

Tout le projet ne resta cependant pas dans les cartons : la Bibliothèque, les bâtiments de la Faculté de Philo et Lettres et de celle de Droit furent construits dans le style que nous leur connaissons aujourd'hui. Les voici...

Carte envoyée le 8 juillet 1934. 
A gauche : l'Administration centrale et la Biblio (avec la tour).
A droite : la Fac de Philo et Lettres.
Vue aérienne datant sans doute des années 1950.
Le carré de gauche : les anciens bâtiments de la Fac de Droit.
Au centre : la Biblio et l'ancienne Administration.
Le carré de droite : les bâtiments de la Fac de Philo et Lettres.
En haut de la photo : les fameux bâtiments de la Fac de Polytech
et le square du Groupe G.

mercredi 20 juin 2012

L'Université à travers les âges : chapitre 2

Bruxelles Universitaire publia le 10 février 1924 le deuxième volet de la fresque historique intitulée par Dratz : "L'Université à travers les Ages".

Le dessinateur règle ici ses comptes avec les "vieilles barbes" de l'ULB. Une révolution éclate à l'Université : les philosophes classiques sont chahutés, Dupréel (prof de philo grecque et de socio) est rasé et le "barbant Barzin" (alors prof en Philo et Lettres) est contraint - supplice suprême - à étudier la philosophie...

Pour voir le premier volet de cette fresque, publié un mois plus tôt dans le B.U., consultez la brève "L'Université à travers les âges" .

Le lecteur trouvera sous les vignettes notre traduction du latin de cuisine employé par Dratz, comme par de nombreux cercles et journaux estudiantins de l'époque, pour singer les profs.




1. Les professeurs poussaient comme des champignons. Leurs épouvantables clameurs résonnaient aux carrefours.
2. De rares étudiants courageux venaient recueillir la salive de la gueule des professeurs. Ainsi apparurent les premiers "hauts parleurs".


3. La terreur régnait. Les professeurs, cachés dans les arbres, dégringolaient de branche en branche sur les étudiants et disaient "Pouf!"
4. Pour que les étudiants ne s'échappent pas, ils les bouclaient (et menaient) en barque et les éjectaient dans des océans de leçons. Souvent, les Poils - assommés - tombaient dans des eaux traîtres.


5. Mais un jour, les disciples dirent "Merde!" et l'explosion explosa comme une grenade. Socrate avait les pépètes.
6. Héraclite fut la première victime. Il fut précipité des hauts monts, avec ses bouquins.


7. Dupréel de Bruxelles vit sa barbe coupée.
8. Diogène fut châtré.


(Lors de la mise en page du B.U., les commentaires 9 et 10 ont été intervertis)
9. Le premier de tous, le barbant Barzin fut obligé d'étudier la philosophie en prison.
10. Un beau jour vint Jésus... "Mais ceci est une autre histoire", comme disait Rudyard Kipling.